Mon job de consultante-scénariste
➡️Mon job de lectrice de scénarios
Concrètement, mon rôle est d'être le premier filtre stratégique entre l'écriture et la production d'un film ou d'une série.
L’analyse technique : Je lis les scénarios envoyés aux sociétés de production pour évaluer leur potentiel. Je vérifie la structure narrative, le rythme, le développement des personnages et la pertinence des dialogues.
La rédaction de fiches de lecture : Pour chaque projet, je rédige une synthèse (le "pitch") et un avis critique argumenté. Je relève les points forts et les axes d'amélioration.
L’aide à la décision : Mon travail permet aux producteurs de gagner du temps en ne sélectionnant que les projets les plus solides ou ceux qui correspondent le mieux à leur ligne éditoriale.
Le conseil (Script-Doctoring) : Parfois, j'accompagne aussi les auteurs pour les aider à débloquer des problèmes de narration et rendre leur histoire plus percutante.
En résumé : Je suis celle qui "débusque" les bonnes histoires et qui aide à transformer une idée écrite en un projet prêt à être tourné.
Pourquoi c’est important ?
Dans un flux constant de propositions, mon regard critique permet de séparer les projets qui ont un vrai potentiel cinématographique de ceux qui demandent encore beaucoup de travail
➡️ Mon job de consultante-scénariste.
Je remplis des fonctions plus poussées que la « simple » lectrice.
J’interviens au moment du développement du scénario. Mon travail consiste non seulement à analyser de façon argumentée les pertinences et les faiblesses du scénario mais également à proposer plusieurs pistes de réécriture.
Cela nécessite une certaine abnégation car ma mission première est de respecter l’idée originale de l’auteur, de le légitimer dans ses intentions. Je m’attache à cultiver autant que possible l’univers de l’auteur – que je ne connais alors qu’à travers son texte. Je tiens compte de ses références artistiques, littéraires, des indices semés dans son scénario afin de l’accompagner au mieux dans l’histoire qu’il veut raconter.
Des rencontres, des «consultations » sont organisées avec le ou les scénaristes de façon ponctuelle. Cet accompagnement – qui n’est en aucun cas de la co-écriture - peut se faire sur plusieurs semaines comme sur plus d’un an, selon le moment où l’on intervient dans le projet d’écriture et selon la nature du projet (court ou long métrage, cinéma, documentaire, fiction, série télévisée, film d'animation, pièces de théâtre …).
Ces consultations permettent également de confronter le scénario à un principe de réalité de marché, c’est-à-dire de définir ce qui est réalisable ou pas économiquement parlant, si un sujet est dans l’air du temps, ou s’il y a trop de projets similaires au même moment.
🔆La plume et l'algorithme : une nouvelle alchimie narrative
En tant que scénariste, je ne considère plus l'intelligence artificielle comme un simple instrument de divertissement ou une curiosité technologique, mais comme un véritable prolongement organique de ma propre pensée créative au sein d'une méthode de travail rigoureuse que je structure désormais par l'art de la formulation de requêtes précises. Mon quotidien ne consiste plus à attendre une inspiration miraculeuse face à la page blanche, mais à engager un dialogue constructif avec une puissance de calcul que je guide pour explorer les recoins les plus sombres ou les plus complexes de mes récits. Je ne lui demande plus de manière simpliste d'écrire une scène de rupture banale entre deux amants, car je sais que le résultat serait générique ; au lieu de cela, je lui fournis un ancrage contextuel d'une densité extrême, décrivant par exemple un drame psychologique minimaliste où l'usure de dix ans de vie commune doit transparaître uniquement par des non-dits et des silences pesants. Je lui assigne ensuite une tâche chirurgicale en lui imposant d'utiliser une métaphore filée sur l'entretien d'un appartement délabré pour exprimer la fin d'un amour, tout en respectant des contraintes stylistiques drastiques que j'ai moi-même édictées, comme l'absence totale d'adverbes dans les descriptions ou un ton sec et elliptique rappelant le théâtre de Harold Pinter. Je suis devenue une adepte fervente de la technique de l'apprentissage par l'exemple, ce qui consiste à injecter des dizaines de mes propres pages de manuscrit dans la mémoire de la machine pour qu'elle s'imprègne durablement de ma patte, de mon rythme et de mes tics de langage, garantissant ainsi que ses suggestions restent cohérentes avec mon identité artistique. Quand je me retrouve face à une impasse narrative ou à une faille logique qui fragilise mon intrigue, je n'attends pas de la machine une solution toute faite, mais je l'oblige à utiliser le raisonnement par étapes en décomposant toute sa logique interne avant de formuler la moindre proposition dramatique. Ce processus me permet de comprendre comment elle perçoit les motivations de mes personnages et de rectifier le tir si elle s'éloigne de ma vision originale, notamment pour rendre une trahison finale à la fois inévitable sur le plan émotionnel et totalement surprenante pour le spectateur. Elle est devenue au fil des mois ma conseillère en écriture analytique personnelle, une sorte de consultante en scénario infatigable capable de pointer avec une précision mathématique le point de bascule d'une séquence, de déceler si les voix de mes personnages deviennent trop semblables ou d'élaguer mon texte de trente pour cent pour en muscler l'efficacité narrative et la tension dramatique. Mon rôle a ainsi muté vers celui d'une architecte de l'imaginaire ou d'une directrice de création de haut niveau : je dois sans cesse injecter des éléments de friction, des paradoxes humains et des analogies sensorielles inattendues pour forcer l'algorithme à sortir de sa tendance naturelle à la normalisation et à la recherche de la moyenne statistique. Cette collaboration est un processus répétitif, un cycle de retouches permanentes où je ne délègue jamais ma vision artistique profonde ni mon intuition, mais où je multiplie les micro-ajustements techniques pour transformer cette immense puissance de traitement en un miroir ultra-rapide de mon propre imaginaire. Cela me permet d'explorer des territoires narratifs d'une complexité folle que je n'aurais jamais eu le temps ni l'énergie de cartographier seule, tout en gardant la main sur l'étincelle humaine qui fait qu'une histoire résonne avec le cœur du public. Chaque jour, je repousse les limites de cette synergie, apprenant à dompter la machine pour qu'elle devienne le pinceau de mes émotions les plus abstraites, me libérant des tâches laborieuses de documentation ou de premier jet pour me concentrer uniquement sur l'essence du récit et la profondeur de l'âme de mes protagonistes.
